 (extraits)
De part sa situation géographique singulière, véritable bout
de terre perdu entre les deux pays qui comptent le nombre le
plus élevé d'habitants au monde, le royaume du Népal est une
enclave charnière reliant les deux gigantesques portes des empires
chinois et indiens. Pays de l'extrême, sa condition d'équilibriste frontalier reflète
parfaitement l'instabilité politique dans laquelle il évolue
depuis plusieurs décennies.
Lorsque l'on se penche sur l'importance accordée par les
autorités dirigeantes à la condition de vie des femmes népalaises,
le constat est qu'il ne donne pas l'image d'un
pays démocratique soucieux des droits humains! Pourtant,
en 1990, le royaume du Népal était le seul pays de l'Asie du
Sud-est à ratifier sans réserve certaines conventions majeures
sur le respect des droits humains et notamment la CEDEF concernant
particulièrement les droits des femmes.
Dans ce contexte politique défavorable, les femmes ne concentrent,
sur elles et leurs droits, que peu d'intérêt. D'autant que la
puissance des coutumes discriminatoires, pour la plupart empruntées
à l'Inde et à la Chine, font des filles et des femmes une classe
inférieure, des individus de moindre importance, et ce, avant
même leur naissance. Les règles de ces traditions patriarcales
expriment déjà que la venue au monde d'un garçon sera grandement
plus appréciée que celle d'une fille. Ensuite, comme il est
coutume de ne pas savoir ce que l'on va bien pouvoir faire d'une
fille au sein des familles, jugée inutile et non porteuse d'avenir,
il paraît plus simple de la vendre, avant qu'elle ne devienne
"femme", à des trafiquants pour alimenter le marché de la prostitution
en Inde, ou bien de les donner en offrande à un temple où elles
serviront d'esclaves sexuelles aux prêtres - c'est ce que l'on
appelle le système des "deuki" - avant d'être parfois rejetées
et livrées à elles-mêmes sur les trottoirs népalais ou d'ailleurs.
Ainsi, le fossé qui sépare la signature de certains traités
internationaux, relatifs au respect de la personne humaine,
de la réalité des citoyennes népalaises est large et profond.
Un abîme qui s'accentue dans l'application permanente de toutes
formes de discriminations à l'encontre de leur intégrité, notamment
par le manque de scolarisation des filles et le poids délibéré
qu'elles constituent pour sa communauté familiale ; par le système
de la dot qui incombe à la future mariée, courant le risque
d'être battue, parfois à mort, si celle-ci est estimée insuffisante
par le futur mari et la belle-famille ; par la quantité, encore
trop importante, de mariages qui se révèlent donc précoces et
qui sont bien souvent la raison de mauvais traitements perpétrés
à l'égard des jeunes mariées à cause de la différence d'âge
en vigueur entre les deux époux ; mais, aussi, par le nombre
encore considérable de lois qui leurs sont discriminatoires
et qui favorisent sans détour les hommes au détriment des femmes,
notamment sur les biens de propriété ou les témoignages en cas
de procès de femmes violées ou battues ; et, enfin, par cette
loi qui interdit la pratique de l'avortement, même en cas de
viol, et qui rend passibles, celles qui en feraient l'usage,
de plusieurs années d'emprisonnement. Si aujourd'hui le Népal est toujours le royaume
qui porte le toit du monde, il est loin d'être celui qui le
représente : entre la cave et le grenier, il y a l'endroit où
l'on vit !
http://www.fraternet.com/femmes/art76.htm
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