Des
voix plus fortes pour les pauvres, une croissance et une stabilité
économiques favorables aux pauvres, des services sociaux de base pour
tous, des marchés ouverts pour le commerce et la technologie et un
volume suffisant de ressources pour le développement, bien utilisé
La
République de Corée, la Malaisie et le Maroc appartiennent à un petit
groupe de pays qui, en moins d'une génération, ont réussi à réduire de
moitié la proportion de leur population vivant dans la pauvreté. En
Inde, les États de l'Haryana, du Kerala et du Penjab ont obtenu le même
résultat. Une douzaine d'autres pays — dont le Botswana et la Maurice —
ont réussi à réduire la pauvreté de 25 % ou plus en une génération.
D'autres pays peuvent tirer d'importantes leçons de l'expérience de ces
pays, car ce qui a été fait par les uns peut être fait par d'autres.
Une voix et des choix pour les pauvres
Pour
commencer, il faut donner des moyens d'action aux pauvres — offrir des
possibilités aux femmes, ouvrir l'espace politique pour permettre aux
pauvres de s'organiser. La démocratisation doit aller au-delà du
gouvernement par la majorité et inclure les minorités dans tous les
aspects de la vie politique — au niveau du gouvernement, du pouvoir
législatif, de la fonction publique et des autorités locales. Ce type
de démocratie ouverte à la participation de tous favorise
l'indépendance du pouvoir judiciaire, l'ouverture de la société civile
et la liberté des médias — ce qui peut assurer le respect des droits de
l'homme et obliger les gouvernements à tenir leurs promesses et à
rendre compte de leurs actions.
Un
gouvernement juste et honnête favorise — et même incarne — des
institutions juridiques et économiques solides. Des juges corrompus,
des réglementations bancaires inadéquates, des services publics
désorganisés, une participation limitée de la communauté sont autant de
facteurs de gaspillage des ressources destinées au développement. Si la
capacité administrative est adéquate, une participation locale accrue à
la gestion des services sociaux peut augmenter considérablement
l'efficacité de ces services. Par ailleurs, en simplifiant les règles
commerciales, on peut réduire les possibilités de corruption et
promouvoir une accélération de la croissance et la réduction de la
pauvreté.
L'engagement
à respecter les droits fondamentaux de la personne humaine et la
primauté du droit est une condition préalable essentielle au
développement durable. La moitié des pays du monde ont ratifié les six
conventions relatives aux droits de l'homme — contre un dixième il y a
10 ans seulement. Ceci est important car les pays qui ont ratifié ces
instruments sont tenus de rendre compte de leurs actions.
Croissance favorable aux pauvres
La
croissance économique en soi ne garantit pas la réduction de la
pauvreté — c'est un facteur absolument essentiel pour la soutenir à
long terme. Il faut aussi que cette croissance soit favorable aux
pauvres. Comment? Il faut qu'elle crée davantage de possibilités
d'emploi productif et bien rémunéré pour les pauvres. Il faut qu'elle
donne aux pauvres un accès plus large aux ressources pour qu'ils
puissent exploiter leur potentiel productif et subvenir à leurs
besoins. Il faut aussi qu'elle soit équitable et crée de meilleures
possibilités pour les femmes pauvres. Des mesures devront donc être
prises pour renforcer les droits fonciers des femmes, accroître leur
pouvoir de négociation et élargir leur accès au crédit, à la formation
et aux technologies nouvelles.
Il
importe que la croissance favorable aux pauvres s'accélère sensiblement
dans de nombreux pays, en particulier dans les 30 pays en développement
dont le revenu réel par habitant est inférieur aujourd'hui à ce qu'il
était il y a 35 ans. Une croissance de ce type nécessite un
accroissement de la production chez les pauvres eux-mêmes : grâce à des
augmentations de la productivité des petits exploitants agricoles; aux
petites entreprises, en zone rurale comme en zone urbaine; aux
producteurs du secteur informel; et à de nombreux hommes et femmes qui
fournissent une multitude de petits services.
Les
politiques économiques doivent aussi être rationnelles, bien
équilibrées et viables à long terme. Il faudra à cette fin renforcer
les institutions nationales de manière à créer les capacités
nécessaires à la mise en oeuvre des politiques économiques et sociales
appropriées.
Tous
les efforts entrepris doivent être guidés par un souci d'équité, afin
que tous les groupes de la société progressent. Mais ce souci d'équité
s'étend aussi aux générations futures. Ceci signifie que la croissance
économique doit être viable — et que notre action sur l'environnement
aujourd'hui ne porte pas atteinte aux ressources naturelles nécessaires
à la vie des générations futures sur notre planète.
Prestation de services sociaux de base pour tous
Les
politiques doivent dépasser les considérations purement économiques
pour se concentrer sur les besoins des pauvres — afin de garantir des
normes sociales minimales et l'accès universel aux services sociaux de
base. Les pays doivent investir dans l'éducation — en particulier celle
des filles, secteur qui représente l'un des taux de rentabilité les
plus élevés en ce qui concerne le développement. Ils doivent également
fournir des services efficaces et de qualité aux groupes déshérités —
soins de santé, eau, assainissement et autres services de base. Des
mesures doivent être prises à cette fin pour réduire la malnutrition,
une attention particulière devant être accordée aux femmes en âge de
procréer et aux jeunes enfants. Les pays doivent aussi mettre en place
des filets de sécurité pour les groupes vulnérables en période de crise.
Un pays
qui investit dans les services de santé et d'éducation de base
manifeste sa volonté de promouvoir un développement à long terme. Au
Sommet mondial pour le | développement social tenu à Copenhague en
1995, les dirigeants du monde entier ont suggéré qu'environ 20 % des
budgets nationaux et 20 % de l'aide publique au développement soient
alloués aux services sociaux de base. L'objectif était de permettre aux
pays de se doter d'une main-d'oeuvre bien éduquée et en bonne santé qui
puisse soutenir la concurrence sur le marché mondial. Bien que la part
des dépenses budgétaires consacrées aux services sociaux de base ait
récemment augmenté dans de nombreux pays, comme la République
dominicaine, le Guatemala, le Malawi et la Namibie, rares sont les pays
en développement ou les donateurs qui ont atteint les objectifs
suggérés.
Ouverture des marchés aux échanges, à la technologie et aux idées
La
mondialisation offre d'immenses possibilités aux pays en développement
— de meilleurs moyens d'utiliser les connaissances mondiales, des
technologies plus perfectionnées pour fournir des biens et des
services, un accès plus large aux marchés mondiaux. Mais pour tirer
avantage de ces possibilités, des mesures doivent être prises. Les pays
doivent réduire leurs tarifs douaniers et autres barrières commerciales
et réorganiser les systèmes régissant les courants d'importation et
d'exportation et les mouvements de capitaux. Ils doivent également
contrôler leurs taux d'inflation et gérer les taux d'intérêt et les
taux de change, afin d'être perçus comme offrant un environnement
propice aux affaires. Ils doivent aussi poursuivre des politiques
cohérentes — pour être crédibles auprès des investisseurs, tant locaux
qu'étrangers. Les pays à revenu élevé ont eux aussi un rôle à jouer —
ils doivent réduire les droits de douane, éliminer les autres obstacles
entravant les importations en provenance des pays en développement et
fournir une assistance pour renforcer les capacités permettant de
commercer avec efficacité.
Toutefois,
tous les pays ne sont pas en mesure de tirer parti de ces avantages
potentiels. Subissant les conséquences de politiques inefficaces menées
dans le passé et de performances décevantes, un trop grand nombre sont
marginalisés dans le commerce, les finances, la technologie, les idées
— précisément les secteurs qui pourraient les aider à se développer et
à lutter contre la pauvreté.
Au
cours des 40 dernières années, le commerce s'est développé plus
rapidement que la production mondiale. Mais les pays dont l'économie
est fortement protégée et ceux qui sont tributaires des exportations de
produits de base n'ont pas progressé au même rythme ou ont souffert des
fluctuations des prix. Un plus grand nombre de pays reconnaissent
désormais les avantages de l'ouverture des marchés, qui favorise leurs
exportations et accroît leur capacité d'importation.
Le coût
des télécommunications a fortement baissé au cours des 20 dernières
années, offrant la possibilité, par exemple, à des personnes se livrant
au commerce du cacao au Ghana, qui doivent connaître les cours
mondiaux, d'utiliser des téléphones cellulaires. Et maintenant,
l'Internet offre le courrier électronique, la formation en ligne et
d'innombrables ressources sur le Web. Ces ressources sont devenues
réalité pour certains, mais il est évident qu'elles ne le sont pas pour
le plus grand nombre. Il est donc indispensable de connecter tous les
groupes de la société civile et toutes les entreprises des pays en
développement aux réseaux qui ont tant à offrir. Cela exigera
d'effectuer des investissements considérables dans le secteur des
télécommunications.
Utilisation efficace et équitable des ressources aux fins du développement
Le
développement exige des ressources financières. Une grande partie
provient de l'épargne privée et une autre partie de l'épargne publique.
Les facteurs qui ont accéléré la croissance de nombreux pays d'Asie de
l'Est sont leurs taux d'épargne élevés, souvent plus de 30 % du PNB.
Cela leur a permis d'investir dans les infrastructures et les services
sociaux. De nombreux pays africains, par contre, ont enregistré des
taux d'épargne de 10 à 15 % du revenu national seulement, trop faibles
pour soutenir suffisamment la croissance et sortir leurs populations de
la pauvreté.
Il est
essentiel que les pays dépensent avec prudence — pour financer la
prestation de services de base pour les pauvres et non pas pour des
services subventionnés à l'intention des riches, et effectuent des
investissements rationnels aux fins du développement. La manière dont
les gouvernements dépensent leur argent est aussi importante que
l'objet de leurs dépenses. L'instabilité et l'imprévisibilité des
dépenses publiques entravent les progrès dans la lutte contre la
pauvreté. La compétence des fonctionnaires recrutés par le gouvernement
joue également un rôle important. Les gouvernements qui recrutent et
accordent des promotions au mérite obtiennent de meilleurs résultats
que ceux qui offrent les meilleurs emplois à leurs amis et alliés
politiques.
L'aide
extérieure joue un rôle important dans la promotion du développement,
en particulier dans les pays pauvres. On reconnaît de plus en plus que,
pour obtenir des résultats satisfaisants, il est essentiel que les pays
exercent un contrôle sur leurs politiques de développement et jouent un
rôle décisif dans l'exécution de leurs programmes de développement, et
que les procédures appliquées et les rapports requis par les donateurs
doivent être coordonnés et harmonisés afin de réduire les charges
administratives. Les donateurs et les institutions internationales de
financement travaillent maintenant en collaboration plus étroite avec
les pays en développement sur les stratégies de lutte contre la
pauvreté élaborées dans le cadre d'un processus participatoire et
dirigées par les pays. Ils deviennent aussi plus sélectifs dans le type
d'aide qu'ils fournissent à un pays, veillant davantage à ce qu'elle
soit adaptée aux priorités du pays en question et aux besoins locaux.
Les
donateurs prennent conscience de la nécessité d'établir des
partenariats stratégiques capitalisant sur les points forts de chaque
partenaire, reflétant des buts et objectifs communs et tirant parti des
acquis. Travaillant en collaboration avec les pays en développement,
les pays à revenu élevé doivent accroître leur aide. Ils doivent aussi
procéder à des allégements de dette plus importants et plus rapides.
Ils doivent faciliter l'accès à leurs marchés, y compris un accès en
franchise de droits hors quota aux pays pauvres. Ils doivent également
financer des programmes intéressant de nombreux pays, comme la
recherche sur les vaccins contre les maladies tropicales. Ce sont des
conditions essentielles pour promouvoir la croissance et réduire la
pauvreté dans les pays les plus pauvres et les moins avancés. Ces
conditions sont également indispensables pour réduire la souffrance
humaine et le nombre des conflits violents, protéger l'environnement et
endiguer la propagation de menaces mondiales comme le VIH/sida.
Une
mesure que les pays peuvent prendre pour mobiliser davantage de
ressources aux fins du développement est de renforcer leurs capacités
en matière de recouvrement d'impôts, non pas auprès de sources faciles
comme les droits de douane et les licences, qui rendent la répartition
des ressources moins efficace, mais auprès d'une large base
d'imposition équitable. Le système fiscal devrait également être conçu
de manière à ne pas inciter à la corruption.
La
plupart des pays membres de l'OCDE se sont fixés comme objectif 0,7 %
de leur PNB pour l'aide extérieure mais seuls le Danemark, la Norvège,
les Pays-Bas et la Suède l'ont atteint. Pire : la disposition à aider
les pays en développement s'est affaiblie au cours des années 90. En
cinq ans seulement, de 1992 à 1997, l'aide fournie par les pays membres
de l'OCDE est tombée de 0,33 % à 0,22 % du PNB, réduction qui a pris
fin en 1998 et 1999. Les donateurs doivent accroître leur assistance
aux pays pauvres, en particulier à ceux qui l'utilisent de manière
efficace. L'accélération de l'allégement de la dette pour les pays
pauvres les plus fortement endettés aidera à appuyer la mise en oeuvre
de stratégies nationales de lutte contre la pauvreté.
Certaines
régions sont presque entièrement tributaires de l'aide pour leur
financement extérieur. Les apports de capitaux privés peuvent renforcer
considérablement les efforts déployés par les pays en matière de
développement mais ils sont concentrés sur moins de 20 pays en
développement et certains types de financement, comme les obligataires
et les prêts bancaires, peuvent être instables. Les pays doivent créer
les conditions permettant d'attirer les investissements à moyen terme
de l'étranger et au niveau local. Le Mozambique et l'Ouganda commencent
à s'y employer. http://www.paris21.org/betterworld/french/what.htm |