Les touristes occidentaux et spécialement d'Europe du Nord, sont à l'origine de ce fléau qui ravage des pays comme la Thaïlande, le Vietnam (11), le Brésil, l'Inde, les Philippines ou certains pays d'Afrique. Les enfants sont victimes d'enlèvements ou sont achetés à leurs familles, puis sont séquestrés dans des maisons closes pour être vendus aux touristes occidentaux dont la conscience est en vacances pour quelques temps.
En Thaïlande, un programme de recherche établi par le centre d'économie politique de la Chulalongkorn University (12) de Bangkok a mis en évidence les chiffres du tourisme sexuel dans ce pays. Il représenterait entre 90 et 100 milliards de francs soit à peu près la moitié du budget 1995 de la nation. Cette énorme activité illégale - qui n'existe que parce que le gouvernement ferme les yeux - est "blanchie" à travers des placements immobiliers, des transactions boursières et l'industrie du divertissement. Les recherches ont pu identifier 20 à 30 membres du parlement compromis dans ce trafic, en participant directement, en protégeant, en finançant et en aidant ces activités. Les chercheurs estiment que 10 à 20 % des prostitués sont mineurs.
En 1990, le tour opérateur britannique Sunmed écrivait dans sa brochure "Go Places", en parlant des Thaïlandais : "ils sont des Peter Pan, éternels enfants qui n'ont jamais grandi..." et en parlant de la Thaïlande : "c'est le pays le plus sensuel et le plus ouvertement sexuel de la planète". La brochure recommandait aux visiteurs potentiels de Pattaya : "si vous pouvez le sucer, l'utiliser, en manger, le sentir, l'essayer, en abuser ou simplement regarder, n'hésitez-pas : tout est possible dans ce lieu qui ne dort jamais. Pattaya n'est pas fait pour les prudes.". La même année, la compagnie aérienne autrichienne Lauda Air est condamnée à présenter des excuses à la Thaïlande et à retirer le magazine de bord qui vantait les charmes du pays dans des termes similaires (13).
Au Sri Lanka, le développement du tourisme (+ 10,5 % de croissance en 1995) est allé de paire avec celui du tourisme sexuel. Selon l'organisation PEACE (Protecting the Environment and Children Everywhere), entre 15 et 20 000 enfants de 6 à 14 ans sont esclaves dans des bordels. 5 à 10 000 mineurs se prostituent, essentiellement des jeunes garçons. Du fait des habitudes culturelles, les fillettes sont mieux protégées (14). Le cas de l'Asie est préoccupant car des tour opérateurs peu scrupuleux qui font de cette activité leur fonds de commerce ont développé une offre spécifique et proposent des forfaits où cette forme de tourisme est implicitement incluse.
Toutefois aucune région du monde sous-développé n'échappe vraiment à ce fléau, condamnant des enfants à peine pubères au sida et à une déchéance physique et morale complète. Au Brésil, dans l'état du Nordeste, la prostitution enfantine a pris une telle ampleur qu'une Commission Parlementaire d'Enquête a été créée. Les trois villes touristiques littorales de Mossoro, Natal et Cabo semblent particulièrement exposées. Parfois complices, souvent dépassées, les autorités des pays concernés laissent faire en fermant les yeux, au vu des devises que rapporte cette forme de tourisme.
C'est probablement l'aspect le plus scandaleux de l'impact du tourisme sur les pays du Sud et quoique le combat contre l'exploitation sexuelle des enfants ait été très médiatisé et soit condamné unanimement notamment à l'occasion de conférences internationales (15), cela reste une triste réalité pour des centaines de milliers d'enfants à travers le monde.
Malheureusement, c'est loin d'être le seul aspect négatif du tourisme. D'autres dégâts sont constatés sur les populations d'accueil, qu'ils soient évidents, comme le cas que nous venons d'invoquer ou plus insidieux et progressifs.
La prostitution des adultes
Ce n'est pas non plus une fatalité pour les pays du Sud et on constate malheureusement trop souvent que c'est le tourisme qui, là encore, en est à l'origine. En Asie, en Afrique et en Amérique du Sud, des hommes et des femmes se prostituent dans des conditions très dures auprès des touristes occidentaux dans l'espoir d'améliorer leur revenu ou simplement de survivre.
Info Birmanie cite, dans son bulletin mensuel, le cas de femmes Birmanes employées dans les bordels thaïlandais où elles sont bâillonnées, surveillées, cloîtrées dans des conditions de vie inhumaines. Certaines sont très jeunes (12 ou 14 ans) et se retrouvent parfois enceintes, condamnées à avorter clandestinement. On estime à 80 % le nombre d'entre elles qui sont touchées par le sida. Elles sont peu concernées par les campagne de prévention qui se font en langue thaïlandaise ou occidentale et visent plus les clients que les prostituées (16).
Parallèlement, il existe aussi une prostitution "volontaire" directement liée à la misère ou à des conditions de vie très difficiles. Au Maroc mais aussi en Egypte, quoiqu'il n'y ait aucune statistique officielle ni officieuse, il y a un phénomène de prostitution lié à l'afflux de touristes du Moyen Orient, venus chercher dans ces pays, des plaisirs (cabaret, boisson, prostitution) interdits dans leurs pays respectifs. On peut également citer les Caraïbes, notamment le cas de St Domingue ou celui de Cuba où sévit un véritable tourisme sexuel "volontaire" pour les nombreux occidentaux (hommes et femmes Européens ou Américains), venus chercher au soleil la compagnie de locaux consentants.
elalaoui.free.fr/partonechapterthree.html.
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