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Quand les hommes d'amour vivront
dimanche 29 avril 2007, a 21:00
Les cartes de l'humain VII : flux du tourisme sexuel
 

 

http://elalaoui.free.fr/images/fluxtourismesexuel.png

dimanche 29 avril 2007, a 20:56
Les cartes de l'humain VI : le tourisme sexuel
 

Pays les plus touchés par le tourisme sexuel

 

http://elalaoui.free.fr/images/tourismesexuel.png

dimanche 29 avril 2007, a 20:49
La prostitution enfantine : fléau du tourisme de masse
 

 

Les touristes occidentaux et spécialement d'Europe du Nord, sont à l'origine de ce fléau qui ravage des pays comme la Thaïlande, le Vietnam (11), le Brésil, l'Inde, les Philippines ou certains pays d'Afrique. Les enfants sont victimes d'enlèvements ou sont achetés à leurs familles, puis sont séquestrés dans des maisons closes pour être vendus aux touristes occidentaux dont la conscience est en vacances pour quelques temps.

 

En Thaïlande, un programme de recherche établi par le centre d'économie politique de la Chulalongkorn University (12) de Bangkok a mis en évidence les chiffres du tourisme sexuel dans ce pays. Il représenterait entre 90 et 100 milliards de francs soit à peu près la moitié du budget 1995 de la nation. Cette énorme activité illégale - qui n'existe que parce que le gouvernement ferme les yeux - est "blanchie" à travers des placements immobiliers, des transactions boursières et l'industrie du divertissement. Les recherches ont pu identifier 20 à 30 membres du parlement compromis dans ce trafic, en participant directement, en protégeant, en finançant et en aidant ces activités. Les chercheurs estiment que 10 à 20 % des prostitués sont mineurs.

 

En 1990, le tour opérateur britannique Sunmed écrivait dans sa brochure "Go Places", en parlant des Thaïlandais : "ils sont des Peter Pan, éternels enfants qui n'ont jamais grandi..." et en parlant de la Thaïlande : "c'est le pays le plus sensuel et le plus ouvertement sexuel de la planète". La brochure recommandait aux visiteurs potentiels de Pattaya : "si vous pouvez le sucer, l'utiliser, en manger, le sentir, l'essayer, en abuser ou simplement regarder, n'hésitez-pas : tout est possible dans ce lieu qui ne dort jamais. Pattaya n'est pas fait pour les prudes.". La même année, la compagnie aérienne autrichienne Lauda Air est condamnée à présenter des excuses à la Thaïlande et à retirer le magazine de bord qui vantait les charmes du pays dans des termes similaires (13).

 

Au Sri Lanka, le développement du tourisme (+ 10,5 % de croissance en 1995) est allé de paire avec celui du tourisme sexuel. Selon l'organisation PEACE (Protecting the Environment and Children Everywhere), entre 15 et 20 000 enfants de 6 à 14 ans sont esclaves dans des bordels. 5 à 10 000 mineurs se prostituent, essentiellement des jeunes garçons. Du fait des habitudes culturelles, les fillettes sont mieux protégées (14). Le cas de l'Asie est préoccupant car des tour opérateurs peu scrupuleux qui font de cette activité leur fonds de commerce ont développé une offre spécifique et proposent des forfaits où cette forme de tourisme est implicitement incluse.

 

Toutefois aucune région du monde sous-développé n'échappe vraiment à ce fléau, condamnant des enfants à peine pubères au sida et à une déchéance physique et morale complète. Au Brésil, dans l'état du Nordeste, la prostitution enfantine a pris une telle ampleur qu'une Commission Parlementaire d'Enquête a été créée. Les trois villes touristiques littorales de Mossoro, Natal et Cabo semblent particulièrement exposées. Parfois complices, souvent dépassées, les autorités des pays concernés laissent faire en fermant les yeux, au vu des devises que rapporte cette forme de tourisme.

 

C'est probablement l'aspect le plus scandaleux de l'impact du tourisme sur les pays du Sud et quoique le combat contre l'exploitation sexuelle des enfants ait été très médiatisé et soit condamné unanimement notamment à l'occasion de conférences internationales (15), cela reste une triste réalité pour des centaines de milliers d'enfants à travers le monde.

 

Malheureusement, c'est loin d'être le seul aspect négatif du tourisme. D'autres dégâts sont constatés sur les populations d'accueil, qu'ils soient évidents, comme le cas que nous venons d'invoquer ou plus insidieux et progressifs.

 

La prostitution des adultes

Ce n'est pas non plus une fatalité pour les pays du Sud et on constate malheureusement trop souvent que c'est le tourisme qui, là encore, en est à l'origine. En Asie, en Afrique et en Amérique du Sud, des hommes et des femmes se prostituent dans des conditions très dures auprès des touristes occidentaux dans l'espoir d'améliorer leur revenu ou simplement de survivre.

 

Info Birmanie cite, dans son bulletin mensuel, le cas de femmes Birmanes employées dans les bordels thaïlandais où elles sont bâillonnées, surveillées, cloîtrées dans des conditions de vie inhumaines. Certaines sont très jeunes (12 ou 14 ans) et se retrouvent parfois enceintes, condamnées à avorter clandestinement. On estime à 80 % le nombre d'entre elles qui sont touchées par le sida. Elles sont peu concernées par les campagne de prévention qui se font en langue thaïlandaise ou occidentale et visent plus les clients que les prostituées (16).

 

Parallèlement, il existe aussi une prostitution "volontaire" directement liée à la misère ou à des conditions de vie très difficiles. Au Maroc mais aussi en Egypte, quoiqu'il n'y ait aucune statistique officielle ni officieuse, il y a un phénomène de prostitution lié à l'afflux de touristes du Moyen Orient, venus chercher dans ces pays, des plaisirs (cabaret, boisson, prostitution) interdits dans leurs pays respectifs. On peut également citer les Caraïbes, notamment le cas de St Domingue ou celui de Cuba où sévit un véritable tourisme sexuel "volontaire" pour les nombreux occidentaux (hommes et femmes Européens ou Américains), venus chercher au soleil la compagnie de locaux consentants.

 

elalaoui.free.fr/partonechapterthree.html.

 

dimanche 29 avril 2007, a 05:22
Le tourisme sexuel
 

 

 

 

 

L'article est long, mais important !

 

 

 

VERS UN TOURISME SEXUEL DE MASSE ?

 

Par Franck Michel

 

 

 

 

 

 

http://www.monde-diplomatique.fr/2006/08/MICHEL/13831

 

 Les industries du voyage et du sexe partagent beaucoup d’intérêts dans la transformation du monde en gigantesque parc de loisir. Enraciné dans l’univers ancien de la prostitution, le tourisme sexuel s’étend au rythme de l’accroissement de la mobilité et de la globalisation touristique. Dans des pays où la constante est la pauvreté, il affecte des centaines de milliers d’êtres humains dont une part non négligeable d’enfants.

 

A la suite du tourisme classique, c’est maintenant le tourisme sexuel qui connaît une « démocratisation ». De plus en plus, on observe l’essor d’une prostitution « à la carte », une tendance qui, finalement, ne fait que suivre celle des voyages sur mesure... Il n’est plus rare de rencontrer, à Phuket ou à Ko Samui, pour évoquer le cas de la Thaïlande, un routard occidental avec, à l’arrière de sa moto ou accrochée à son bras, une « girlfriend », appellation officielle et plus acceptable de la prostituée, qu’il a louée à la semaine ou au mois.

 

Le tourisme sexuel connaît un effet « boule de neige » qui l’oriente dans le sens d’une massification. Toujours en Thaïlande, les nouveaux clients sont de plus en plus des jeunes Occidentaux en quête d’aventures et de sensations fortes. Ils remplacent peu à peu les vieux touristes allemands, japonais ou américains, lesquels avaient eux-mêmes déjà succédé aux militaires en stationnement pendant la guerre du Vietnam. D’autre part, une nouvelle clientèle apparaît sur les plages et dans les bars : Malaisiens, Chinois, Sud-Coréens...

 

La prostitution « touristique » affecte beaucoup de pays du Sud : les filles (ou les garçons) y sont jeunes, pauvres et peu éduqués, donc facilement exploitables. Elles arrivent de façon plus ou moins forcée dans la prostitution, « métier » qu’elles n’ont aucune envie d’exercer. A la recherche de sexe facile et bon marché, les touristes sexuels étrangers affluent en quête de cette chair fraîche, disponible et soumise. Nombre d’entre eux, afin de se donner bonne conscience, trouvent toutes les raisons du monde pour se persuader qu’ils n’abusent pas de la détresse de ces jeunes. Ils ne feraient que les aider, les soutenir, voire contribuer au développement de leur pays...

 

Dans ces Etats, après l’essor du tourisme de masse, le secteur informel de la prostitution s’est développé avec l’arrivée plus importante de touristes individuels. On peut désormais établir une sorte de cartographie du tourisme sexuel : les femmes vont à Goa, en Inde, en Jamaïque, en Gambie ; tandis que les hommes préfèrent les pays du Sud-Est asiatique, le Maroc, la Tunisie, le Sénégal, la République dominicaine, Cuba, le Panamá, le Surinam, le Mexique, sans oublier le Brésil où l’on compterait pas moins de cinq cent mille enfants tombés dans la prostitution (1).

 

Le tourisme sexuel de masse se développe ainsi au croisement de l’univers des mobilités touristiques. Pour beaucoup d’Occidentaux, il représente une forme de colonisation nouvelle et adaptée à notre époque. Certains d’entre eux voudraient à tout prix établir une distinction entre la prostitution forcée et la prostitution volontaire ou « libre ». Sous le prétexte que, dans certaines villes du Nord – ou dans des enclaves fortunées ou aisées des pays déshérités –, la prostitution de luxe, dite « libre », pourrait parfois permettre à certaines filles (ayant échappé à la contrainte des proxénètes) de « disposer librement de leur corps ». En revanche, ils admettent que, dans la plupart des pays du Sud – ainsi que dans des enclaves de misère des villes du Nord ou de l’Est –, la prostitution est toujours une activité exercée sous la contrainte (proxénétisme, violences, viols) (2). Mais comment combattre la prostitution dans les pays pauvres du Sud, si on prétend que, dans les pays riches du Nord, elle résulterait de choix individuels ?

 

Une industrialisation des corps

D’autres insistent pour qu’on ne confonde pas prostitution enfantine et prostitution adulte. A force de mettre en avant cette différence, elle en devient suspecte. Et plus le consensus s’établit pour condamner l’abus sexuel sur des enfants, plus facilement l’abus sur des adultes (femmes et hommes) semble être admis comme une dérive présumée inévitable du monde dans lequel nous vivons. La prostitution enfantine révulse tout le monde tandis que chacun, finalement, finit par s’accommoder de la prostitution « classique ».

 

Dans une telle atmosphère, le touriste sexuel se retrouve en quelque sorte déresponsabilisé, déculpabilisé. D’autant que la pratique s’appuie fortement sur les industries « classiques » du sexe : pornographie et prostitution. Une prostitution qui n’est que la traduction pratique de ce que la pornographie propose (3). Les deux univers s’accordant pour instrumentaliser les êtres humains et industrialiser les corps. L’appareil médiatique et publicitaire venant, de surcroît, préparer le terrain pour renforcer la reconnaissance officielle de l’industrie du sexe. La violence sexuelle est célébrée en même temps qu’elle s’affiche partout dans les médias, y compris pour être dénoncée. Un paradoxe et une confusion tout à l’image de notre culture du porno chic et soft qui célèbre la domination du mâle à l’heure où sa virilité paraît moins assumée.

 

La demande sexuelle est encouragée et stimulée par une offre toujours plus alléchante. Le marché s’étend et se diversifie : une internationalisation de l’offre, avec des filles de plus en plus jeunes, en provenance des quatre coins du globe, attire de nouveaux clients (4). Avec cet afflux de migrants du sexe, alimenté par la soif de consommation, la rotation des filles est assurée. Objets de toutes sortes de trafics, les corps sont disponibles. A des tarifs qui ne cessent de baisser, concurrence oblige.

 

Déjà, le succès croissant du tourisme sexuel féminin montre que, dans ce domaine, la femme marche sur les pas de l’homme, réitérant les représentations du pouvoir, de la domination et de l’exploitation. A cet égard, il n’est pas inutile de rapprocher – au plan essentiellement symbolique –, d’un côté, le « touriste organisé » qui a confié la préparation de son voyage à une agence ou à un tour-opérateur et, de l’autre, le « touriste sexuel ».

 

Le touriste organisé se dégage, souvent, de toute responsabilité dès le moment où il foule la terre de sa destination exotique et vacancière. Témoin ce voyageur, fraîchement débarqué à l’aéroport de Hanoï, au Vietnam, et qui expliquait : « Voilà, je viens d’atterrir, et désormais je confie mon destin durant les prochaines semaines à mon guide, car je suis trop éreinté par mon boulot, et le temps des vacances je ne veux plus penser mais seulement me laisser porter ! » Il n’y avait là, certes, aucune arrière-pensée sexuelle mais d’autres touristes feront aisément le lien, puis franchiront le pas...

 

En effet, au bout du monde, tout redevient possible, notamment braver une série d’interdits. Autre exemple : un touriste perdu au milieu de son groupe confiera peut-être son destin au guide ou à l’agence de voyage mais, en même temps, il s’autorisera des pratiques qu’il s’interdit d’habitude chez lui. Comme se baigner nu sur une plage en Malaisie, entouré de pêcheurs musulmans offusqués, ou encore flirter avec une gamine venue s’attabler avec lui pour lui vendre des cigarettes ou des bibelots dans un restaurant au Vietnam...

 

C’est souvent de la sorte que commence pour le touriste lambda, loin de chez lui, ce qui serait totalement impensable sur ses propres terres. Cette aspiration à la transformation de soi est d’autant plus aisée pour les touristes – organisés ou non – que la déresponsabilisation en voyage s’est installée dans leur esprit... Pour le touriste organisé, l’Autre – l’« indigène », disait-on du temps des colonies – est le serviteur touristique, dont le rôle consiste à être exploité.

 

Le touriste sexuel se débarrasse souvent de toute responsabilité humaine puisque, par l’intermédiaire d’une transaction financière, il se sent libéré du besoin de s’occuper de l’Autre : il ne ressent plus ni la contrainte de le respecter, ni même celle de lui procurer du plaisir. En payant pour un service, sexuel en l’occurrence, il achète la liberté d’une personne sur laquelle, un temps compté, il a tous les droits. Y compris celui de réduire cette personne à l’état de « bien » marchand.

 

Il n’a pas besoin de ménager sa proie, contrainte à la soumission, dont il peut disposer à sa guise, sans la crainte de se faire renvoyer ou de se voir puni par une autorité. Le client est roi. En vacances tout particulièrement. Le client-touriste est donc seul maître à bord, l’Autre ayant été ravalé à la condition d’esclave sexuel, qu’il soit d’ailleurs bien ou mal traité par son maître du moment.

 

On le voit, entre le touriste organisé et le touriste sexuel, les différences sont grandes, mais le passage de l’un à l’autre est parfois étonnamment facile. « En général, explique Paola Monzini, le sexe payant est devenu une composante plus ou moins visible du tourisme de masse (5). » Pourtant, la plupart des touristes sexuels opèrent en solo.

Essentiellement pour deux raisons : la peur de se faire repérer, puis dénoncer, et l’égocentrisme évident de l’abuseur.

 

Un touriste organisé peut-il se muer en touriste sexuel ? Oui, s’il s’accommode trop facilement d’une tendance actuelle à rester dans le coup, entre culte du corps et jeunisme, sur fond d’appétence sexuelle et de malaise civilisationnel (6). On retrouve, par exemple, l’archétype de ce type de vacancier minable dans le personnage central du roman Plateforme de Michel Houellebecq (7), où le plongeon dans le sexe et le voyage permet au touriste quelconque d’avoir l’impression d’être quelqu’un d’autre que l’employé soumis et l’homme sans qualités qu’il est dans sa morne vie quotidienne. En Occident, le tourisme sexuel reste représenté de deux manières beaucoup trop simplistes et incomplètes, d’un côté le misérabilisme, de l’autre l’angélisme.

 

Cinq raisons principales sont à l’origine de l’essor du tourisme sexuel de masse : la paupérisation croissante ; la libéralisation des marchés sexuels encourageant plus ou moins directement la traite aux fins de prostitution ; la persistance de sociétés patriarcales et sexistes ; la dégradation de l’image de la femme sur fond de violence sexuelle généralisée et banalisée ; et l’explosion du tourisme international et des flux de migrants en tout genre. Cet essor a été stimulé par deux caractéristiques de nos sociétés : premièrement, la « démocratisation » des flux de voyageurs (des masses de touristes circulant dans tous les sens) ; deuxièmement, l’hypersexualité des jeunes entretenue par des médias obsédés par la violence sexuelle. Il se nourrit aussi de la rencontre entre la misère et la beauté du monde. Misère et beauté attestent de la coupure qui régit l’ordre inégal de la planète. Misère affective au Nord, misère économique au Sud et à l’Est ; « beauté » des biens matériels de consommation au Nord, beauté des paysages et des personnes, mais aussi de la spiritualité, du mode de vie et des « traditions » au Sud et à l’Est.

 

A la suite de la déclaration de l’Organisation mondiale du tourisme (OMT) sur la prévention du tourisme sexuel organisé (8), adoptée au Caire en octobre 1995, qui a sensibilisé les acteurs du tourisme et l’ensemble des clients-voyageurs à ce fléau global (qui ne concerne pas seulement les enfants), la lutte contre le « tourisme sexuel de masse » a commencé à s’organiser.

 

(1) Sur la tragédie de l’exploitation sexuelle des enfants à des fins touristiques, cf. Jeremy Seabrook, En finir avec le tourisme sexuel impliquant les enfants. L’application des lois extraterritoriales, L’Harmattan, Paris, 2002.

(2) A propos de la marchandisation sexuelle des corps, cf. Richard Poulin, La Mondialisation des industries du sexe, Imago, Paris, 2005.

(3) Cf. Michela Marzano, Malaise dans la sexualité. Le piège de la pornographie, Jean-Claude Lattès, Paris, 2006.

(4) Cf. Mona Chollet, « Qui profite de la prostitution ? », Le Monde diplomatique, juillet 2006.

(5) Sex Traffic. Prostitution, crime and exploitation, Zed Books, Londres, 2005.

(6) Cf. notamment le dossier de la revue Téoros, « Tourisme et sexualité », Montréal, vol. 22, no 1, printemps 2003.

(7) Michel Houellebecq, Plateforme, Flammarion, Paris, 2001.

(8) www.world-tourism.org/protect_ child...

lundi 16 avril 2007, a 01:05
La prostitution n'est pas cool
 



Réseaux de trafic sexuel et prostitution dans l’Union Européenne
par Lorena Galliot   


  Conséquence peu connue de l’ouverture des frontières de l’Union Européenne à de nouveaux pays membres, l’accroissement des flux migratoires de femmes à des fins de prostitution posent un véritable défi aux autorités européennes en matière de lutte contre la criminalité organisée et de respect des droits de la femme.  

A l'Est, les causes:  La précarisation de la population féminine dans les anciens pays de l'Est   Dans les anciens pays socialistes, la libéralisation des marchés après la chute du régime soviétique n’est pas allée de paire avec une évolution des mœurs, et les femmes doivent souvent payer au prix fort le passage à une société et une économie de marché : dans les années 90, la transition a entrainé un accroissement spectaculaire du chômage des femmes, une fin soudaine de la prise en charge étatique de la santé, des soins aux enfants, du logement, etc. Dans ces pays, la représentation des femmes dans les institutions est en recul, et non le contraire, bien qu'il reste plus élevé que dans certains Etats de l'Ouest.
 
Le rapport de l’UNICEF de juin 2002 sur la traites des femmes et des enfants en Europe de l’Est et du Sud relève que : « dans les pays d’Europe Centrale et Orientale avec des économies en transition entre l’ère socialiste et l’ère mondialisée, on constate une dégradation du statut politique et social des femmes. Les violences sexistes, la contradiction entre la position inférieure des femmes dans les hiérarchies familiales et sociales et leur importante part de responsabilité pour assurer le bien-être de leurs familles, le manque d’influence des femmes dans la vie publique et leur exclusion des processus décisionnels sont des courants croissants.

»   De l’Est vers l’Ouest : un trafic sexuel en plein essor 

Conséquence directe de la précarisation grandissante d’importants segments de la population féminine dans les anciens pays socialistes : les pays d’Europe de l’Est et du Sud sont devenus des pourvoyeurs majeurs de prostitution, notamment vers l’Europe Occidentale. En 2005, Europol a estimé le nombre de femmes et des enfants trafiqués à des fins de prostitution en provenance d’Etats indépendants de l’ex-URSS, de l’Europe de l’Est et de l’Europe du Sud à plus de 175 000 personnes par an.   Quand aux migrations légales entre pays membres de l’Union Européenne, également à des fins prostitutionnelles, sont impossible à quantifier. Un exemple frappant illustrant l’augmentation des migrations légales ou illégales a eu lieu en Allemagne (où la prostitution est considérée comme légale dans certains Länder) lors de la Coupe du monde de football en 2006. A côté du stade principal de Berlin, la municipalité a financé la construction d’un complexe "de charme" de 3000 mètres, avec 100 femmes en continu pour servir jusqu’à 650 clients par jour dans des « cabines de prestation » individuelles et amovibles, assez semblables à ces toilettes temporaires installés tout autour des grandes foires ou parcs d’exposition. Plus de 40 000 femmes sont estimées avoir été « importées » dans le pays pour offrir des services sexuels aux millions de supporters. Sous prétexte que « football et sexe sont indissociables » (sic), les autorités ont vanté « l’hygiène » et la « sécurité sanitaire » de ce genre d’établissement. En réalité, les contrôles sanitaires imposés sont une humiliation de plus pour les femmes prostituées, vu qu’elles seules, et non les clients, sont obligés d’effectuer des dépistages réguliers.

Combien coûte une « fille de l’Est » ?

Le marché du sexe est une source de revenus très lucrative, pour des intermédiaires bien plus que pour les femmes elles mêmes. En Europe de l’Ouest, à la fin de la chaîne de transactions, le prix d’une Européenne en provenance des anciens pays « socialistes » se situe entre 15 000 et 30 000 euros. Au début de la chaîne, à titre d’exemple, les ressortissantes de la République de Moldavie sont vendues à de proxénètes albanais pour des sommes variant entre 1000 et 5000 euros, puis brisées psychologiquement et vendues de nouveau en Europe de l’Ouest avec un profit important (de l’ordre de 150%). Pour les proxénètes et autres figures clefs des réseaux de trafic humain, la rétention des gains de chaque passe est un moyen de garder les personne prostituées dans une situation de vulnérabilité et de dépendance extrême.

Des réseaux structurés par la violence


La violence est constitutive de la marchandisation des êtres humains et de leur corps. Les méthodes de recrutement des proxénètes ne sont pas la simple addition de conduites privées « abusives », mais s’insèrent dans un système structuré qui nécessite la violence. Tout d’abord, les sociologues insistent sur le fait que la précarité économique seule ne suffit pas à pousser une femme vers la prostitution : il faut au préalable un traumatisme provoquant une perception des rapports entre femmes et hommes ayant intégré la violence. Une étude menée en France a montré qu’entre 80 et 95% des femmes prostituées ont été victimes d’une ou plusieurs agressions sexuelles dans leur jeunesse. La grande majorité des femmes interrogées disent penser « qu’elles ne méritent pas mieux » que de se prostituer.

Dans les cas où les femmes ne se prostituent pas pour leur compte mais « sont » prostituées par un souteneur ou une organisation criminelle (70% des cas en France), elles disposent d’aucune liberté dans l’activité qu’elles exercent : elles ne sont pas libres de refuser un client qui est saoul, brutal ou refuse de mettre un préservatif ; elles ne sont pas libres de choisir le nombre de passes par soir, parfois obligées de servir jusqu’à une vingtaine de clients par nuit ; elles ne sont pas libre d’aller et venir ni encore moins de disposer de l’argent payé pour leurs services.

Selon le professeur Richard Poulin, la violence exercée par les réseaux de crime organisé dédié à la prostitution est décisive dans la production des « marchandises sexuelles » que sont les personnes prostituées. « En vingt jours, on peut briser n’importe quelle femme et la transformer en prostituée », raconte un responsable bulgare d’un foyer de réinsertion.  Il existe des camps d’abattage ou de soumission non seulement dans les pays du Sud, mais également dans les Balkans, en Europe centrale et en Italie, où l’abattage est nommé « écolage ». Dans ces camps, les femmes sont enfermées durant des semaines dans des conditions d’insalubrité et d’isolement effroyables, battues, violées à répétition et droguées, parfois durant des mois, avant d’être mises sur le marché. Les camps sont fondamentaux non seulement pour le développement des marchés, mais également pour la « fabrication » même des « marchandises », car ils contribuent à rendre les personnes prostituées « fonctionnelles » - cette industrie exigeant une disponibilité totale des corps. Dans de telles conditions, peut-on réalistement soutenir qu’il existe vraiment une prostitution « libre », volontairement choisie ?

A l'Ouest: la disparité des politiques nationales - le cas Allemand, le cas Français et l'exception Suèdoise


Les politiques en matière prostitution, et les résultats obtenus,  varient énormément entre pays de l’Union Européenne. Quelques exemples :

- En Allemagne et aux Pays-Bas la prostitution est légale et réglementée, considérée comme une profession comme une autre. Résultat : depuis la légalisation de la prostitution et du proxénétisme en Allemagne, l’industrie du sexe a connu une croissance exponentielle. En 1998, on estimait à 20 000 le nombre de personnes prostituées ; en mars 2006, les autorités en dénombrent 400 000, dont 75% au moins d’origine étrangère. Les études dans ces pays montrent que l’existence de bordels légaux ne diminue pas le taux de migrantes illégales exploitées travaillant dans des conditions de précarité extrêmes ; bien au contraire, les maisons closes illicites prolifèrent aux côtés des établissements réglementés, et les moyens de contrôle des autorités sont dérisoires.

En février 2005, l’opinion Allemande a été révoltée par le cas relaté dans la presse d’une serveuse de 25 ans qui, ayant refusé une offre d’emploi constituant à vendre des « services sexuels » dans un bordel de Berlin, s’est vu menacée du retrait de ses allocations chômage par son agence pour l’emploi. En effet, depuis les réformes sociales en Allemagne, une femme de moins de 55 ans qui a été sans emploi depuis plus d’un an peut être forcée à prendre un poste vacant - y compris dans l’industrie du sexe - sous peine de perdre ses allocations de chômage. Le taux de chômage dans ce pays est en augmentation depuis onze mois et a atteint la barre des 4,5 millions de personnes sans emploi. Le gouvernement avait envisagé de placer les bordels en dehors des employeurs potentiels sur la base de considérations morales, mais il a finalement décidé qu’il serait trop difficile de les distinguer des bars. En conséquence, les agences pour l’emploi doivent traiter les employeurs à la recherche d’une prostituée de la même manière que ceux cherchant une secrétaire ou femme de ménage. Quand la serveuse a entamé une procédure judiciaire à l’encontre de l’agence pour l’emploi, elle s’est rendue compte que celle-ci n’avait pas enfreint la loi ! « Il n’y a rien dans la loi qui empêche les femmes d’être envoyées dans l’industrie du sexe », a déclaré Merhthchild Garweg, avocate à Hamboug, au quotidien The Telegraph. - La France mène une politique ambiguë de criminalisation du « racolage » et des migrations à des fins prostitutionnels, mais de tolérance de la prostitution en soi. Pour le mouvement du NID, association de défense du droit des personnes prostituées, la loi Sarkozy votée le 13 février 2003 est incompatible avec la convention de Palerme contre la criminalité transnationale organisée, dont le protocole sur la traite souligne que les personnes prostituées ne seront plus perçues comme des délinquantes mais comme des victimes et que toutes devront être protégées. Dans un communiqué en mars 2003, le mouvement a affirmé que « l’on ne résout pas un problème d’exploitation en sanctionnant les exploitées », et déploré que la prostitution ne soit traité que comme un trouble à l’ordre public. « Aucune politique de fond n’est engagée. Les autorités policières et judiciaires ne sont pas formées pour interroger les prostituées arrêtées en tentant compte de leur passé traumatique, et les réponses sociales d’encadrement et de protection des personnes victimes de la traite sont quasi inexistantes. Les seuls buts de la politique actuelle semblent être en réalité la répression de l’immigration clandestine et le « nettoyage » des trottoirs, partie visible de la prostitution. » Le ministère de l’Intérieur affirme que l’arrestation de personnes prostituées permet de remonter à leurs souteneurs et les organisations criminelles qui les emploient, mais le Préfet de Paris Jean-Paul Proust a avoué que remonter ces filières s’avère très difficile, et fait état de seulement 275 proxénètes interpellés pour 1732 prostituées arrêtées, la plupart d’origine étrangère. L’écart saute aux yeux. Pour le mouvement du Nid, une éventuelle régularisation des prostituées étrangères ne doit pas être liée à des conditions de délation qui risquent de mettre leur vie en danger, les forces de l’ordre n’ayant aucun moyen d’assurer leur protection à long terme contre des réseaux criminels très puissants. L’état actuel de la loi prévoit uniquement une expulsion du territoire sans aucun suivi social.


- En contraste, la Suède a adopté en 1999 une démarche très innovante et totalement inverse à ce qui existe dans le reste de l’Europe : a) criminaliser l’achat des faveurs sexuelles et b) décriminaliser la vente de ces faveurs. La Suède a été le premier pays a officiellement désigner les prostituées comme des victimes d’exploitation, et les clients comme les exploitants, comme le souligne la documentation accompagnant le texte législatif présenté par le gouvernement : « La Suède considère la prostitution comme une dimension de la violence masculine faite aux femmes et aux enfants. La prostitution y est officiellement reconnue comme une forme d’exploitation des femmes et des enfants, donc comme un problème social grave. L’égalité des sexes sera impossible tant que des hommes achèteront, vendront et exploiteront des femmes et des enfants par la voie de la prostitution ».


À cette stratégie juridique à deux volets s’ajoute un troisième élément essentiel : La loi suédoise sur la prostitution prévoit des sommes importantes destinées à des services sociaux complets pour toute personne prostituée qui veut de l’aide afin de quitter la prostitution. La loi prévoit également des budgets pour sensibiliser la population et l’ensemble de l’appareil judiciaire. Résultat : Dans la capitale, Stockholm, le nombre de femmes prostituées de rue a diminué des deux tiers et le nombre de clients a baissé de 80%. Dans d’autres grandes villes suédoises, la prostitution de rue a pratiquement disparu. Ont également disparus les célèbres bordels et salons de massages qui ont pourtant proliféré pendant les 30 dernières années du 20e siècle quand la prostitution était légale. De plus, le trafic de femmes étrangères destinées à devenir des « travailleuses du sexe » a été pratiquement éliminé en Suède. Selon le gouvernement suédois, le trafic sexuel n’a amené que 200 à 400 femmes et filles dans ce pays au cours des dernières années, un nombre négligeable comparativement aux 15 000 à 17 000 femmes que le trafic d’esclaves sexuels amène chaque année en Finlande, le pays voisin.

 
Conclusion: la nécessité d'une politique Européenne commune

Aucun pays Européen n’a obtenu des résultats aussi prometteurs en matière d’endiguement de la prostitution et des trafics sexuels que la Suède. C’est dans cette optique que Gunila Ekberg, conseillière au ministère des affaires étrangères en Suède, a coordonné une campagne commune contre la traite des femmes entre huit pays du Nord de l'Europe, malgré des différences idéologiques. Les premiers succès de cette campagne, placés sous le signe de l'égalité homme-femme et non sous celui de l'ordre public, laisse augurer une nouvelle direction des politiques Européenes en mantière de lutte contre le trafic sexuel. Face à l'ampleur de ces trafics, leur imbrication étroite dans nos sociétés et l'intertie de l'opinion publique dans la majorité des pays Européens, une harmonisation des politiques et une coopération à échelle européenne est indispensable.

 
 http://www.nouvelle-europe.eu/index.php?option=com_content&task=view&id=130&Itemid=64

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 Pour en savoir plus :


Sur le Net  4NID : site de l'association de lutte pour les droits des personnes prostituées 9Sisyphe.org : site dédié au droit des femmes; la rubrique "prositution" présente un très riche séléction d'articles dédié à la traite des femmes et des enfants, témoignages de personnes prostituées, d'experts, etc. 4site en anglais d'une association américaine de lutte contre la prostitution et les trafics sexuels  

 

  

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Globetrotter dans l'âme maintenant plus que dans l'action, parce que famille et études à plein temps obligent.

Ce blog présentera au fil de mes temps libres (!)
des articles sur des sujets aussi vastes que le vie.

Et puis, je passe tellement de temps sur Google, qu'autant faire bénéficier les résultats de mes recherches au plus grand nombre.
Je mettrai donc en ligne des tas de liens regroupés par thème.

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Pour les enfants : quels sont vos droits ? Sugus96 (19/02/2012 22:00)

Bonjour je m appelle...

Pour les enfants : quels sont vos droits ? melouka (25/01/2012 19:25)

tous les enfant aime...

Pour les enfants : quels sont vos droits ? Lala (22/01/2012 10:03)

Salut j ' ai 11...

Pour les enfants : quels sont vos droits ? nguena steeve (21/01/2012 08:49)

salut moi g suis au...

Pour les enfants : quels sont vos droits ? *2222* (20/01/2012 12:35)

merci pour le sujet ...

Pour les enfants : quels sont vos droits ? rachel (12/01/2012 20:13)

chére alice je pense...

Pour les enfants : quels sont vos droits ? smart (12/12/2011 18:41)

es ce que vous pouve...

Pour les enfants : quels sont vos droits ? maury (07/12/2011 21:00)

moi je penses que le...

Pour les enfants : quels sont vos droits ? A L'AIDE (03/12/2011 15:16)

Que doige faire si m...

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